Extrait du témoignage de René POUJADE le 16/02/2004 :

"J'ai effectivement fait le voyage vers l'Indochine en 1941 à bord du Compiègne et mon bon camardade LONGELIN l'a fait à bord du Sagittaire. Notre traversée a duré 92 jours jusqu'à Saïgon, avec escales à Oran, Casablanca, Dakar (une semaine environ), Tamatave (plusieurs jours), Diégo Suarez et un arraisonnement dans le Détroit de la Sonde par le patrouilleur néerlandais Sirius qui nous a convoyé à Batavia (Djakarta) où nous sommes restés une journée dans l'espoir vain de pouvoir rallier les Forces Françaises Libres."

"Nous avions à bord des Travailleurs Indochinois (un demi millier ?) qui étaient logés dans deux cales à l'avant du navire. Ils dormaient sur ce que l'on appelait des chassis, c'est à dire des lits superposés dans des cadres de bois, par files accolées deux à deux dans le sens du navire. Cela n'avait pas été installé pour eux. Il s'agit là de ce que l'on retrouve à peu près partout pour le transport de troupes, parfois en charpentes métalliques. La pénibilité vient du nombre, puis de l'aération.

Comme beaucoup de mes camarades, guère mieux logés mais plus libres de circulation à bord, j'ai eu l'occasion de distinguer ces installations à partir des panneaux de cales -enlevés lorsque la mer le permettait. Ce qui m'a le plus frappé est l'odeur de renfermé qui remontait bien qu'il y ait eu des manches d'aération. Je crois me souvenir que ces travailleurs avaient leur cuisine réservée. Je sais qu'il devait y avoir des contacts (autorisés ou pas ?) puisque c'est un travailleur qui m'a fait goûter pour la première fois un riz cantonais. Je n'ai jamais entendu dire qu'il y eut des mouvements de révolte de ces travailleurs, mais il y eut des protestations sur les conditions de vie -comme d'ailleurs de la part des soldats européens faisant partie des renforts vers l'Indochine."