RIZICULTURE

 

J'ai publié sur ce site, en juin 2026, une étude approfondie sur le rôle réel des travailleurs indochinois dans la naissance de la riziculture contemporaine. Celle-ci ne réfute en rien leur passage en Camargue dans les années de guerre mais, par contre, elle réfute les discours simplificateurs et relevant bien peu de la méthode historique voire journalistique, qui ont été produits depuis 2009 et la sortie du livre de Pierre Daum, Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France, 1939-1952. Voir lien ci-après :

 

La situation avant-guerre

Des essais de culture du riz avaient été tentés au 19ème siècle, puis à nouveau dans les premières décennies du 20ème siècle. Cette activité restait cependant marginale compte tenu des coûts de production qui ne permettaient pas de rivaliser sur le marché avec ceux des colonies. Son intérêt essentiel consistait à gagner du terrain sur la steppe salée. En effet cette culture permettait d'abaisser la salinité des terres et de les rendre ainsi plus propices à d'autres cultures (vigne, luzerne, ...) pour plusieurs années. Le dessalement résulte de la submersion, l'eau entraînant le sel dans les couches profondes par lessivage.

 

La pénurie alimentaire

En 1938, la France avait importé 600 000 tonnes de riz dont 577 000 en provenance des Colonies, principalement d'ailleurs du riz à destination de l'industrie ou de la nourriture animale. Les riz coloniaux n'arrivèrent plus à partir de 1941. Au printemps 1942, les stocks français de riz commençaient à s'épuiser. La 25ème compagnie de travailleurs indochinois fût affectée, aux côtés d'une trentaine d'agriculteurs locaux, à la relance de la culture rizicole en Camargue. Deux cent cinquante hectares furent immédiatement mis en culture.

 

 

 

En 1944, la production annuelle atteignait 2 200 tonnes de paddy (grains de riz non décortiqués) sur 800 hectares ensemencés.

Les principaux lieux de production étaient les mas d'Arbaud, mas Guinot, mas de Paulon, mas de Vert, ou encore mas Thibert, ... Dans ces exploitations cohabitaient du personnel fixe, ouvriers habitant le mas et des itinérants, souvent étrangers. Les Travailleurs Indochinois étaient nourris par l'Intendance pour le compte de la M.O.I., logés et équipés par le propriétaire. Ce dernier point semble avoir quelquefois posé problème, en particulier au niveau de la fourniture des chaussures et du couchage. Le Service de la M.O.I. recevait 50 francs par jour et par homme. Elle reversait aux Travailleurs de 15 à 20 francs.

 

 

Les Travailleurs participaient à tous les travaux depuis la préparation des terres (exploitations en régie directe), en passant par les semailles, la moisson à la faucille, le décorticage à l'aide d'un moulin à bras. Ils travaillèrent aussi la vigne.

L'un des domaines jouissait d'un statut particulier : Sur des terres appartenant à la Société Saint Gobain, entre le mas du Sauvage et de Pin Fourcat, la M.O.I. louait une superficie de 20 hectares dont elle réservait la récolte en grande partie à son approvisionnement.

 

Sources : "La riziculture en Camargue" - Jean Brugnot - Mémoire ENFOM - 1945 ainsi que deux documents de France Actualités conservés à l'I.N.A, "Récolte du riz en Camargue" du 23 octobre 1942 et "Riziculture" du 5 novembre 1943.